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Comprendre les fiches

Procédures collectives et Bodacc : ce que ça change pour vous

Sauvegarde, redressement, liquidation : définitions, lecture d'une annonce Bodacc, conséquences pour vos commandes, acomptes, bons d'achat et garanties.

Mis à jour le 30 octobre 2026

Quand une boutique entre en procédure collective, vos droits de client changent de nature : une commande devient parfois une créance, un délai de deux mois s’ouvre, et l’interlocuteur n’est plus le vendeur mais un mandataire. Nos fiches signalent les annonces publiées au Bodacc ; ce guide explique ce qu’elles signifient et ce que vous devez faire.

Trois procédures, trois situations

La sauvegarde

Elle est ouverte à la demande du seul chef d’entreprise, pour une entreprise qui rencontre des difficultés insurmontables sans être en cessation des paiements. L’objectif est de réorganiser l’activité, de maintenir l’emploi et d’apurer le passif. Une période d’observation de 12 mois au plus s’ouvre, pendant laquelle les dettes antérieures au jugement sont gelées et les poursuites individuelles interdites. Elle débouche en général sur un plan de sauvegarde d’une durée maximale de dix ans.

Le redressement judiciaire

Il suppose la cessation des paiements : la trésorerie ne permet plus de régler les dettes exigibles. Un mandataire judiciaire représente les créanciers ; un administrateur judiciaire assiste la direction dans les entreprises d’une certaine taille. La période d’observation dure 18 mois au plus et se termine par un plan de redressement (jusqu’à dix ans), une cession de l’activité ou une liquidation.

La liquidation judiciaire

Elle est prononcée lorsque le redressement est manifestement impossible. Un liquidateur administre l’entreprise, vérifie les créances, vend les actifs et procède aux licenciements. L’activité peut être maintenue provisoirement trois mois, prolongeables une fois. L’issue la plus fréquente est la clôture pour insuffisance d’actif : la société est dissoute, ses dettes sont effacées, plus aucun créancier ne peut la poursuivre. Les créanciers sont payés dans un ordre fixé par la loi : salaires, puis frais de justice, puis dettes fiscales et sociales, puis dettes garanties par des sûretés immobilières, puis toutes les autres, dont les clients.

Le Bodacc : où tout est publié

Le Bulletin officiel des annonces civiles et commerciales est édité par la Direction de l’information légale et administrative (DILA). Il paraît cinq fois par semaine et publie les annonces des entreprises immatriculées : ventes et cessions de fonds, immatriculations et créations, procédures collectives (série A), modifications et radiations (série B), dépôts des comptes annuels (série C). Les données sont diffusées en open data sous Licence Ouverte ; c’est ce flux qui alimente nos fiches.

Le jugement qui ouvre une sauvegarde, un redressement ou une liquidation est publié au registre du commerce et des sociétés (ou au registre national des entreprises), dans un support d’annonces légales et au Bodacc. C’est la date de publication au Bodacc qui fait courir le délai de déclaration des créances.

Lire une annonce Bodacc

Une annonce de procédure collective indique :

  • le tribunal et la date du jugement ;
  • la nature du jugement : ouverture d’une sauvegarde, d’un redressement ou d’une liquidation judiciaire, conversion du redressement en liquidation, adoption d’un plan, clôture pour insuffisance d’actif, ou encore rétablissement professionnel pour un entrepreneur individuel sans salarié ;
  • l’identité de l’entreprise (dénomination, SIREN, siège, activité) ;
  • le nom et l’adresse du mandataire judiciaire ou du liquidateur désigné, c’est-à-dire la personne à qui écrire ;
  • le rappel du délai de déclaration des créances, qui court à compter de la publication.

Les annonces se succèdent (ouverture, plan ou conversion en liquidation, clôture, radiation) : lisez toujours la plus récente et vérifiez le SIREN, les homonymies sont fréquentes. Le site bodacc.fr permet de consulter les annonces et de créer des alertes par courriel sur une entreprise.

Ce que ça change pour vous, client

Une commande en cours

L’ouverture d’une procédure ne met pas fin automatiquement aux contrats en cours ; l’administrateur judiciaire (ou le liquidateur) décide de poursuivre ou non votre commande. Vous pouvez forcer la décision : adressez-lui une mise en demeure par lettre recommandée avec avis de réception en lui demandant s’il poursuit le contrat ; sans réponse dans le mois, le contrat est résilié de plein droit. Si l’article que vous avez payé est encore dans les locaux, demandez au liquidateur de vous le remettre. S’il est déjà chez un transporteur, celui-ci ne peut pas refuser de livrer, mais il peut vous demander de régler les frais de transport impayés par le vendeur.

Un acompte ou une commande payée d’avance

Les sommes versées avant le jugement pour une commande non honorée deviennent une créance antérieure. Pour espérer un remboursement, vous devez la déclarer :

  • auprès du mandataire judiciaire (sauvegarde, redressement) ou du liquidateur (liquidation), dont les coordonnées figurent dans l’annonce Bodacc ;
  • dans les deux mois suivant la publication au Bodacc ; quatre mois si vous résidez hors de France métropolitaine ;
  • par écrit, de préférence en recommandé avec avis de réception, en indiquant le montant dû, avec vos justificatifs (commande, facture, preuve de paiement) ;
  • passé le délai, vous êtes forclos : un relevé de forclusion peut être demandé au juge-commissaire dans les six mois de la publication si le retard ne vous est pas imputable.

Soyez lucide : les clients sont payés après les salariés, les frais de justice, le Trésor public et les créanciers garantis, et l’insuffisance d’actif est le cas le plus courant. Deux pistes : si le paiement n’a pas encore été débité, contestez-le auprès de votre banque ; si vous avez payé par carte, vérifiez si son assurance couvre la faillite du vendeur. Et si l’achat a été financé par un crédit affecté, vous ne devez rien au prêteur tant que le bien n’est pas livré.

Un bon d’achat, un avoir, une carte cadeau

Les textes officiels ne traitent pas ce cas. Juridiquement, un bon émis avant le jugement est une créance antérieure : rien n’oblige l’entreprise à l’honorer, même si des enseignes en sauvegarde ou en redressement continuent d’accepter leurs bons pour garder leur clientèle. Utilisez-les sans attendre si le magasin les accepte, et déclarez le montant restant comme créance dans le délai de deux mois.

Garantie légale, réparation en cours, service après-vente

La garantie légale de conformité reste due par le vendeur, mais un vendeur en liquidation ne peut plus l’exécuter, et une société dissoute après clôture n’existe plus. Une demande de réparation ou de remboursement se transforme alors en créance à déclarer. Si votre appareil est en réparation chez le commerçant, réclamez-le au liquidateur par écrit : il vous appartient. La garantie commerciale éventuellement accordée par le fabricant, elle, continue de s’exercer auprès du fabricant. Pour les notions de garantie, voyez vos droits d’acheteur en ligne.

Les délais à retenir

  • 2 mois à compter de la publication au Bodacc pour déclarer votre créance (4 mois hors métropole).
  • 1 mois : délai de réponse de l’administrateur ou du liquidateur à votre mise en demeure sur la poursuite du contrat.
  • 6 mois pour demander un relevé de forclusion si vous avez manqué le délai sans faute de votre part.

Avant d’acheter

Une procédure en cours n’interdit pas d’acheter au comptant en sauvegarde ou en redressement ; évitez en revanche les acomptes importants, les commandes payées longtemps d’avance et les bons cadeaux. Les annonces Bodacc sont rapprochées du SIREN sur chaque fiche de l’annuaire des boutiques et dans l’analyseur de boutique en ligne. En cas de difficulté, la marche à suivre générale est décrite dans litige avec une boutique : que faire.

À retenir

  • Sauvegarde et redressement : l’activité continue ; liquidation : l’entreprise est démantelée et disparaît le plus souvent.
  • L’annonce Bodacc donne le nom du mandataire ou du liquidateur et fait courir le délai de deux mois.
  • Une commande payée d’avance devient une créance à déclarer ; les chances de remboursement sont faibles.
  • Mettez en demeure le mandataire sur la poursuite de votre contrat : un mois sans réponse vaut résiliation.
  • Ne versez ni acompte ni paiement anticipé à une entreprise en procédure collective.

Sources

Sources officielles consultées